Memento


2000
Réalisé par Christopher Nolan
Avec Guy Pearce, Carrie-Anne Moss, Joe Pantoliano

"Memento" est un film qui joue avec les codes du genre et qui fait du spectateur un acteur à part entière, contraint d’effectuer un véritable travail mental au fur et à mesure que l’intrigue progresse.

L’histoire est celle de Leonard Shelby. Ce qu’on sait de lui ? Il est blond, avec deux entailles sur la joue gauche, s’habille en costard, conduit une Jaguar et dort dans des motels déplorables. Rapidement on s’aperçoit qu’en fait, lui-même en sait aussi peu sur lui que nous en tant que public. Il est en effet atteint d'une forme rare d'amnésie, une mystérieuse perte mémoire immédiate, qui fait qu’il ne retient rien de nouveau au bout de deux minutes. Il peut néanmoins se rappeler de souvenirs lointains de son passé, mais, s’il ne prend rien en note, il est incapable de savoir ce qu'il a fait dans le quart d'heure précédent ! Sa vie est alors structurée de fiches, de notes sur des photos et il se tatoue sur le corps des éléments à ne pas oublier. Grâce à tout ça, il arrive à garder en tête les notions d’espace et de temps. Animé par un désir de vengeance, il traque l'homme qui a violé et tué sa femme. Mais en même temps qu’il mène en quelque sorte cette « enquête sur lui-même », il se sent comme manipulé malgré lui et les contacts qu’il fréquente lui semblent parfois douteux. Mais qui croire entre son pote Teddy et la ravissante Nathalie ? Là est la clé de l’intrigue, je n’en dis pas plus !

L’originalité de "Memento" tient dans sa construction à revers, un peu dans l’esprit de "The Usual Suspects" de Bryan Singer. Le récit nous est raconté comme un enchainement de flash-backs, qui remontent le temps par des ellipses plus ou moins grandes. Il faut un léger temps d’adaptation pour comprendre ce procédé. Une fois qu’il est « assimilé », on accepte d’être pris à revers quasiment en permanence ; et la notion de simultanéité est déconcertante. A chaque chapitre, le résultat d’une action découle sur une autre. On refait son parcours mental. Des inserts très rapides dévoilent des fragments du puzzle. Leitmotiv du film, une scène en noir et blanc avec une voix-off, celle de sa conscience, nous aide en même temps que lui à comprendre pourquoi il en est là et qu’est-ce qu’il doit alors faire. Ici, la mise en scène pose le problème du temps et du monde que l’on peut croire parfois imaginaire. Où suis-je ? Dans quel monde est-ce que je me trouve ? On a parfois du mal à le savoir. Les scènes se répètent, on se rend alors compte à quel point il est terrible de perdre la mémoire, même si cela donne lieu à des scènes cultes, vous pourrez le constater. Le film est porté par un trio d’acteurs excellent, jouant très bien avec le flou qui règne sur l’identité véritable de leurs personnages. La musique elle reste en retrait et ne vient qu’à des moments clés, vous l’entendrez, pour appuyer la tension.

Là, ce qui prime, c’est véritablement la manière dont l’énigme nous est dévoilée. La fin est assez surprenante, on sort de là un peu déboussolé. Est-ce vous pourrez comprendre avant lui ce qui se passe, je l’espère ?! Quoiqu’il en soit, osez vous laisser prendre par ce sentiment étrange d’avancer tout en reculant ; et préparez vos méninges, car pendant près de deux heures, vous allez en avoir rudement besoin. Sur ce, bon film !


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